L’open innovation, Steven Johnson en pointe les limites, Jean-Louis Fréchin s’en inquiète aussi…
Car l’open source, creuset du développement du concept, est accusée de grosses lacunes sur les aspects expérience utilisateur, marque, communication, voir même business…
Le vilain canard qui jette un pavé dans la mare ? Apple… La firme de Cupertino semble en effet cumuler toute les réussites en tirant un pied de nez cinglant à tous les dogmes de l’open source. Non seulement elle réussit là où l’open source a échoué : proposant systématiquement des produits simples à utiliser et provoquant du désir, mais encore elle affiche des bénéfices records au travers de l’Apple Store, dispositif dont la réussite économique est basée sur le système fermé qui oblige les développeurs à reverser une part non négligeable de leurs bénéfices à la firme.
Si on y regarde de près, l’open source est loin d’être un système ouvert. Il existe une barrière à l’entrée qui est… le niveau de compétence du développeur ! Difficile de participer si on n’a pas le niveau pour comprendre le système et coder…
En revanche dès qu'on est plus dans le domaine des faiseurs, mais dans le domaine des specs produit, il est très facile de s'improviser expert, ou de penser qu'en combinant plusieurs intelligences on tombera sur la bonne solution...
L'open innovation consiste elle à combiner les intelligences ou les compétences ?
La différence est importante... En combinant l'intelligence de beaucoup de personnes dans le même domaine de compétence, arrive-t-on à mieux qu'on combinant l'intelligence de moins de personnes mais dans des domaines de compétences variés ?
L’UX : les usages, le désir...
Le design peine à faire bonne presse dans le logiciel... Très souvent les designers se camouflent sous le nom "User Expérience", ce que ressent l'utilisateur, ou d'ergonomes. Le foutoir de la profession à peine structurée fait que quoi qu'il en soit, la dénomination ou la provenance n'a pas vraiment d'importance. Les pratiques en revanche si car il n'est pas toujours bien acquis que l'UX ne se limite pas à la simple utilisabilité du produit. Trop souvent ce qui s'improvisent trop vite sous cette casquette en oublient une partie en route. Faire des produits désirables peut sembler une hérésie car il n'y a pas de manuel pour cela, pourtant cet aspect différencie les produits les uns des autres...
Ceux qui se lancent dans l’UX se heurtent à la fois au scepticisme et au crédo qui veut que ce soit directement l’utilisateur qui corrige les usages, l’utilisabilité et la désirabilité du produit. Ce n'est pas sans conséquence sur la gestion de projet et la qualité perçue du produit...
- L’utilisateur est il vraiment un innovateur ? Dans la pratique on se rend compte qu’il aborde le problème d’un point de vue local, qu’il apporte plus des petites modifications par touches, sans nécessairement penser le système d'un point de vue global. Comment faire la somme des avis, des contraintes et des compromis sans s'y perdre ?
- Trop d'équipes ne se rendent compte qu’elles sont partit d’une mauvaise direction UX qu’après la première mise en ligne. Or le mythe qui veut que l’UX n’impacte que l'interface et non la structure du programme est-il vrai ?
- Est-ce une bonne gestion ? Ces allers-retours font ils gagner ou perdre du temps ? Aussi, si Apple sortait trois versions peu plaisantes de ses produits avant de les corriger, est-ce que l’Iphone aurait eu le même succès ?
Quelqu'un a vu le marketing ?
Loin de moi l’idée d’encenser l’idée d’un marketing grand référent des besoins des utilisateurs mais force est de constater que, malgré le vivier d’utilisateurs, l’open innovation se fait encore largement en « push », c.a.d. provenant d’une proposition du concepteur qui est ensuite confrontée à l’avis du marché. Cette approche est performante pour proposer de l’innovation de rupture mais génère un fort taux de déchet.
Point inquiétant : l’innovation ainsi proposée n’est pas toujours complète, on l’a vu avec la prise en compte de l’UX, des usages, mais aussi vis-à-vis du panel utilisateur. Trop souvent on s’adresse à une communauté avant de s’adresser à un marché. La communauté de fans, voir même la base d’utilisateurs courante du produit, est-elle représentative du marché potentiel ? Il y a encore plus de programmes open source à destination des geeks qu’à destination du grand public.
Des compétences en marketing sont elles donc totalement inutiles à un projet open source ?
Faute de savoir diversifier ses compétences, l’open source est elle condamné à rester au niveau des couches inférieurs ? Fournit-elle des bonnes technologies mais des mauvais produits comme le prétendent certains ?
Pourtant certains y arrivent…
Wordpress, sans aboutir au miracle que certains décrivent, met le blog à la portée du technophile modéré. Ce qu’on peut y faire sans s’inquiéter du code est simplement hallucinant…
Firefox à beau avoir la réputation d’un navigateur de bidouilleur, il est aussi bien à la porté d’un public moyen qui ne vois pas nécessairement l’intérêt de le remplir de plug-ins.
De plus en plus, des équipes privées qui participant au développement de solutions open source, comme XWiki SAS, intègrent des responsables marketing et UX. Les communautés commencent à s’inquiéter de l’UX malgré la difficulté à trouver des designers.
On remarque dans certaines communautés comme celle de Ruby on Rails, l'émérgence d'une culture centré sur l'utilisateur. Globalement les nouvelles applications ne ressemblent plus aux anciennes...
Le vent est-il en train de tourner ? Jusqu'à quel point ?
Vers une innovation totale ?
- La mixité des compétences passe-elle par des équipes multidisciplinaire, ou une culture plus large des intervenants ?
- La masturbation intellectuelle et les specs produits sont-elles une nécessité ?
- Comment gérer la prise de décision ? Qui formalise les solutions dans chaque domaine, quel est le poids de chaque acteur ?
- Comment ceux dont les réalisations sont des specs produits, peuvent ils se positionner face à ceux qui développent ? Donneurs d’ordre, responsable qualité, conseil… Le leadership informel est il une alternative viable ?
- Comment faire le mix des retours utilisateurs en y incorporant la vision de l’équipe ? Cela peut il se faire par des process ou au contraire cela passe il par un une approche intuitive de la prise de décision ?
- Comment élargir le panel de compétences au sein de la communauté ? Faut il un modèle économique pour faire rentrer la diversité des compétences ?